L’expression, signée par l’auteur de science-fiction Alain Damasio, soulève la question de la protection des données personnelles, dans un paysage urbain désormais hyperconnecté.

Smart city : comment les villes deviennent-elles intelligentes ?

Capteurs de niveaux de pollution et système d’alerte en cas de dépassement d’un certain seuil ; capteurs de fréquentation piétonnière pour adapter l’intensité de l’éclairage urbain ; capteurs pour mesurer le taux d’occupation des places de stationnement et proposer  aux automobilistes la place la plus proche ; capteurs pour mesurer l’efficacité énergétique des bâtiments ; mais aussi bornes de visio-conférence pour faciliter les démarches auprès des administrations publiques ; ou encore compteurs communicants (Linky) qui renseignent sur la consommation d’électricité en temps réel…

La ville intelligente, ou Smart city, est définie, de manière plus ou moins consensuelle, comme une ville capable de mettre en œuvre des infrastructures (d’eau, d’électricité, de transports, de services publics, de bâtiments, etc.) connectées via des réseaux de télécommunication, et destinées à optimiser la gestion de l’espace urbain et à améliorer la qualité de vie des citoyens, dans une démarche de développement durable et de protection de l’environnement.

En Europe, des villes comme Amsterdam, Barcelone, Copenhague ou encore Manchester font figure de référence en matière de villes intelligentes. La France n’est toutefois pas en reste : Lyon, Rennes, Issy-les-Moulineaux, Strasbourg ou encore Amiens, ont dores et déjà lancé un certain nombre d’initiatives en faveur d’une gestion plus efficiente de la ville.

Quid de la protection des données personnelles ?

Le concept de Smart city est indissociable de celui des objets connectés. Mais l’utilisation des capteurs de données et la création d’infrastructures connectées, posent naturellement la question de la protection des données personnelles. Notamment dans le cadre de la géolocalisation des personnes, rendues possibles à tout moment grâce aux mobiles. L’opérateur de téléphone suisse Swisscom a pu, par exemple, à partir de la localisation des mobiles de ses clients, recenser le nombre de personnes transitant quotidiennement par la ville de Pully (banlieue de Lausanne)[1]. L’objectif : mieux gérer le trafic aux heures de pointe.

Des pratiques qui font grincer des dents. Non seulement les usagers qui voient d’un mauvais œil cette intrusion subie dans leur intimité. Mais aussi les organismes comme la CNIL, dédiés à la protection des données personnelles, qui redoutent les dérives d’un tel système. Car si la plupart des opérateurs garantissent l’anonymisation des données collectées, celle-ci pourrait être facilement contournée et l’identité d’un individu finalement retrouvée grâce à des recoupements de données.

Dès 2013, la CNIL avait émis des recommandations, relatives notamment au consentement « libre, éclairé et spécifique » des usagers pour les recueils des données les plus intrusives. Fin 2014, elle a également publié, avec les autorités européennes de protection des données, un avis sur l’Internet des objets et son impact potentiel sur le respect de la vie privée. Mais son pouvoir reste toutefois limité, et ne freine pas pour autant le développement des technologies de Smart city, auquel prennent part quelques géants mondiaux du digital, séduits par les quelque 1500 milliards de dollars que le marché devrait représenter d’ici 2020[2].

Il incombe donc à la fois aux collectivités et aux acteurs industriels de veiller à un usage maîtrisé des données récoltées, via des infrastructures et des réseaux suffisamment sécurisés, afin que les Smart city ne se transforment pas, à terme, en « Big Mother ».

 

[1] Source : www.smartcity-suisse.ch

[2] Source : Frost&Sullivan

Partagez cet articleShare on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Email this to someone
Recevez par mail les articles et actualités AuCoeurdesMétiersJe m'inscris à la newsletter