Largement ballotées au rythme des réformes des 10 dernières années, les universités ont la double et lourde charge d’accueillir chaque année toujours plus d’étudiants et de les préparer à la vie active. Des étudiants dont l’orientation reste pour beaucoup mal définie et un univers professionnel encore trop coupé du quotidien estudiantin. S’il ne révolutionnera pas l’enseignement supérieur, le numérique est  une carte à jouer sans attendre. Bien utilisé, en concertation, il sera demain le tremplin attendu.

Un flux d’étudiants qu’on ne maîtrise plus

Ces dernières années, les Universités constatent un regain d’intérêt des étudiants pour la faculté. Un flux que les gestionnaires ne parviennent plus à réguler pour accueillir les étudiants dans les meilleures conditions.
Les esprits s’échauffent et le ton monte entre les représentants des étudiants et les présidences. Les uns d’accuser les établissements de pratiquer une sélection à l’entrée en licence, les autres de reconnaitre réduire parfois la capacité d’accueil par la pratique décriée du tirage au sort.

Et tous de souligner une réalité que l’on ne peut pas nier : les universités doivent accompagner vers la réussite des étudiants aux niveaux très disparates. Ce que l’on fait avec difficulté à l’école dans des classes de 30 élèves se révèle une mission impossible en amphithéâtre. Face aux règles déontologiques, aux principes éducatifs et au contrôle de légalité (ne l’oublions pas !), les universités doivent trouver de nouvelles solutions pour que l’enseignement supérieur ne soit pas une voie de garage, alors qu’elle a tant à offrir.

Une orientation trop tardive et mal préparée

Les motivations  pour entrer à l’université ne sont pas toutes guidées par un choix en conscience. Qu’il s’agisse d’un échec aux concours d’entrée dans les grandes écoles, d’une orientation indéfinie ou de la méconnaissance des options de carrière, le public universitaire présente bien des disparités. En outre beaucoup d’étudiants issus de filières professionnelles ne sont pas formés à la prise de note et au travail singulier en université, le cumul de handicaps entraînant une hausse du taux d’échec en premier cycle universitaire, aussi coûteux pour l’étudiant que pour la communauté.
Les nombreuses concertations ont permis d’identifier certaines causes que le gouvernement cherche aujourd’hui à endiguer par la simplification des licences et des masters (plus de 8000 aujourd’hui) et la création de cursus adaptés aux bacheliers de filières professionnelles.

Parallèlement, la création du dossier numérique scolaire, en expérimentation actuellement, présente une intéressante option,  qui cristallise beaucoup d’espoirs. Le livret scolaire numérique doit permettre une approche pro-active dans les choix d’orientation et être le lien, la continuité entre l’école, l’université et le monde de la recherche.
La fusion du ministère de l’Education nationale et celui de la Recherche est en ce sens très symbolique. La volonté de concertation (voir notre billet e-éducation, la gouvernance par la coopération) doit avoir des effets jusque sur l’orientation des futurs étudiants.

L’étape de demain est entre les mains des universités. Aller plus encore à la rencontre de leurs futurs étudiants, afficher les opportunités mais aussi les challenges, travailler avec eux dès le lycée, des pistes d’attractivité qui concourent à une orientation choisie et à la progression des taux de réussite.

De l’université au campus, une route encore longue

L’expression française « les bancs de la fac » caractérise avec un certain réalisme l’enseignement supérieur français. Force est de reconnaître que l’approche universitaire française marque une rupture vis-à-vis des approches étrangères activement tournées vers le monde professionnel.
Certes, il y a les Etats-Unis. Mais Israël également, ou encore la Grande-Bretagne, plongent les étudiants dans des sujets concrets directement soumis par les grandes entreprises. Les futurs ingénieurs sont quotidiennement confrontés  aux demandes de développement d’Intel, de Google ou de  Red Hat par exemple. Les contrôles continus se font sur des projets existants et les étudiants sont parfaitement opérationnels une fois sur le marché du travail.

Quelles conclusions en tirer ? On constate d’une part l’indispensable lien qui doit se faire entre le lycée et l’université. Les futurs laboratoires de langue qui doivent émerger dans les collèges et lycées sont le support essentiel du savoir-faire des étudiants une fois à l’université pour travailler avec l’étranger. Des étudiants, qui, d’autre part, seront les futurs connecteurs entre la recherche et le monde de l’entreprise.

La volonté de donner aux Universités françaises le rayonnement international qu’elles méritent ne suffira pas si l’enseignement supérieur ne favorise pas le dialogue avec ses futurs étudiants dès le lycée voire le collège. Beaucoup de Présidents d’universités déplorent de voir partir dans les grandes écoles sélectives les meilleurs éléments. Pourtant la stratégie numérique du gouvernement en faveur de l’éducation permet aujourd’hui d’ouvrir toutes les portes du dialogue. Qu’il s’agisse de s’appuyer sur le livret scolaire numérique et identifier en amont les profils  les plus aptes aux études universitaires, d’engager des échanges plus informels, ou de proposer aux lycéens des MOOCS issus directement des cours dispensés en amphithéâtre, les solutions technologiques sont désormais à la portée de tous.

Infrastructures, réseaux et locaux : le grand fossé

Partie intégrante du groupement GEANT, RENATER fournit aux établissements de recherche 80 à 90 % du besoin de connexions internet. Le monde de la recherche dispose d’une infrastructure de réseau européenne (et mondiale au travers d’accords avec le Brésil, les Etats-Unis ou encore le Portugal) d’une très grande qualité. 1400 sites d’enseignement et de recherche et 2 millions d’utilisateurs en bénéficient.

Pourtant, dans les universités, l’infrastructure de réseau reste vieillissante. Dans les années à venir, les grands chantiers de l’Université porteront sur une remise à plat de l’infrastructure de réseaux et par-dessus tout de la sécurité des données et des échanges. C’est cette remise à plat qui conduira à repenser la réhabilitation des bâtiments, car au travers elle, ce sont les méthodes d’enseignement qui seront transfigurées.

Moins d’amphithéâtre et de cours magistraux, plus d’espaces collaboratifs en interne comme en virtuel. Le numérique créé des environnements qui donnent envie de travailler.

Si aujourd’hui tous ces débats sont menés principalement au cœur de chaque université, le décloisonnement et le rapprochement avec les élèves du secondaire deviendra un enjeu majeur pour l’enseignement supérieur. Cette continuité offrira le gage d’une plus grande réussite jusqu’au Doctorat, où le monde de la recherche profitera de l’immersion de longue date des étudiants dans l’univers industriel et tertiaire.

Open Data, échanges internationaux, professionnalisation et projets communs, une stratégie qui n’ira pas sans une vision globale des moyens à mettre en œuvre. Ce qui passe par la réalisation d’études financières, la préconisation de solutions, les périodes de mise en concept, de test et l’élaboration des process.

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