Comme à chaque disruption, certains métiers tendent à disparaître alors que d’autres se créent ou se renouvellent en réponse à de nouveaux usages. Le déploiement de l’intelligence artificielle est-elle une menace ou une opportunité ? D’un côté, elle préfigure l’abandon de certains postes, de l’autre elle prédit l’émergence de métiers dotés de compétences nouvelles.

 

Le débat est technologique, économique et politique… et davantage encore à l’heure du chômage. L’intelligence artificielle porte en elle autant de promesses que de freins. Il faut dire que les bouleversements qu’elle induits sont tels qu’ils devraient transformer en profondeur le monde qui nous entoure et particulièrement celui du travail. Certains y voient une « superintelligence » capable de remplacer demain toutes les compétences quand d’autres au contraire perçoivent des opportunités en termes d’emplois.

 

Des potentiels réels d’utilisation

Savant assemblage d’informatique, de mathématiques et de sciences cognitives, l’IA est une technologie qui englobe de nombreuses autres applications. Machine Learning, Deep Learning, analyse des données non structurées, reconnaissance vocale et d’image, smart robots, automatisation des processus… Ses champs d’intervention sont multiples. D’après BPI France, le marché de l’intelligence artificielle devrait peser 11 milliards de dollars en 2024. Il est actuellement en train de se structurer dans l’entreprise qui de plus en plus intègre l’IA dans ses process, ses usages, au service de la prise de décision, des parcours client et des expériences employé. Pour autant l’IA continue de véhiculer l’idée selon laquelle la machine pourrait prendre le pouvoir sur les hommes… et sur leurs emplois.

Cependant, il ne faut pas imaginer l’IA comme une conscience artificielle. Cette idée, héritée de la science-fiction, selon laquelle une machine va prendre le dessus sur les humains et les asservir n’est pas crédible. Certes, les progrès en matière de mathématiques, d’algorithme et de puissance de calcul ont permis de rendre certains logiciels plus performants que des humains sur des taches spécifiques. Cela inclue désormais les fonctions cognitives de reconnaissance de texte, d’images etc. Cependant, nous sommes très loin d’une intelligence artificielle généraliste et toute puissante, et en sus dotée d’une conscience. C’est pour cela que le terme intelligence augmentée semble plus pertinent, et moins anxiogène. Et cette intelligence augmentée est celle de l’humain, qui va être aidé par des processus automatisés dédiés pour mieux effectuer son propre travail.

 

Vers une transformation profonde des métiers

Une étude annonçait dès 2014 la destruction de 1,5 millions d’emplois directs d’ici 2025 dans la zone euro (1), alors qu’elle devrait en créer 21 millions selon Cognizant Technology Solutions Corp. (2) et augmenter de 10 % en moyenne les effectifs des entreprises ayant accès à cette technologie (3). En effet, si l’IA est amenée à supprimer des postes, il s’agit de tâches répétitives et verticalisées, fastidieuses voire dangereuses, au bénéfice de fonctions à plus forte valeur ajoutée qui sauront exploiter les actifs humains. Nul doute que l’ensemble des métiers, toutes catégories socio-professionnelles et secteurs confondus, seront impactés.

Lors de la première révolution de l’automatisation, les robots ont remplacé les humains pour des tâches mécaniques répétitives, ou qui nécessitaient une grande puissance. Pour cette révolution-ci, ce sont d’abord les métiers intellectuels, mais répétitifs qui seront impactés. Cet impact se doit d’être positif, car il va permettre de remplacer la majorité des tâches peu gratifiantes d’un métier de bureau, et laisser l’humain se concentrer sur ce qui fait sa valeur : la réflexion, la créativité, la communication.  

Dans le même temps, l’essor de l’automatisation et de IA devrait transformer fondamentalement les métiers dans leur ensemble : 85% d’entre eux en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui (4) !

 

Préserver les personnes, non les postes 

Certains postes sont donc voués à se « déplacer », voire à disparaître totalement, tandis que certains métiers vont émerger. D’où la nécessité d’anticiper les ressources et les compétences à la croisée du design thinking, du knowledge management, de l’agilité, de l’interaction avec l’IA.  Les entreprises auront besoin demain de s’appuyer sur les compétences en interne et de recruter de nouveaux talents pour constituer des équipes capables de faire fonctionner l’intelligence artificielle et de nourrir l’outil. Cela suppose d’accompagner et de former les collaborateurs aux technologies émergentes pour exploiter demain toutes les potentialités de l’IA. C’est là une des conditions pour préserver les personnes dans leur emploi.

 

(1) Cabinet Roland Berger

(2) Etude 2017

(3) Cabinet Accenture

(4) Rapport Dell et « L’Institut pour le Future »

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