1/3 – L’urbanisation des systèmes d’information hospitaliers de territoire

Le vaste plan de modernisation du système de santé français passe notamment par une transformation digitale des établissements et une urbanisation de leur système d’information. La convergence des SIH au sein des GHT fait ainsi partie des vastes chantiers qui doivent occuper les hôpitaux pour les cinq prochaines années.

Ce que dit la loi de « modernisation de notre système de santé »

Prévue à l’article 107 de la loi de « modernisation de notre système de santé », la création des groupements hospitaliers de territoire (GHT) vise à mettre en œuvre une stratégie de prise en charge partagée des patients à l’échelle d’un territoire. Elle s’articule en particulier autour de la définition d’un projet médical commun et d’une mutualisation de certaines fonctions transversales, afin de favoriser un accès aux soins plus efficaces. Il s’agit notamment de mettre en œuvre, d’ici janvier 2021, un « SI convergent », s’appuyant sur un schéma directeur du système d’information du GHT, lui-même validé au plus tard le 1er janvier 2018.

Mais qu’entend-on par SIH convergent ? Il est défini, dans le décret, comme l’utilisation « par tous les établissements parties d’un GHT, pour chacun des domaines métiers, d’une application identique, fonctionnant sur une infrastructure technique commune, [ainsi que d’un] identifiant patient unique.[1]»

Convergence ou interopérabilité des SIH ?

Le Ministère de la Santé précise que « la mise en place d’un système d’information hospitalier convergent est incontournable pour permettre aux professionnels de santé amenés à intervenir sur plusieurs sites du GHT d’avoir, non seulement une vision transversale des informations du dossier patient, mais surtout de bénéficier d’une uniformité des logiciels sur l’ensemble du GHT, facilitant l’accès aux données et l’utilisation des outils au quotidien.[2] »

Une vision que la majorité des établissements semblent partager, comme le révèle une étude TICsanté : ils sont près de 80% à saluer l’initiative d’un SIH convergent, qui permettrait une meilleure organisation et qualité des soins, grâce notamment à des échanges d’informations plus fiables et plus rapides entre les professionnels des différents établissements parties.

Pourtant, à ce jour, un tiers seulement des établissements bénéficient d’une solution d’interopérabilité avec le SIH d’un autre établissement. La plupart s’en déclarent satisfaits, même s’ils soulignent son caractère transitoire, ou limité à des échanges ciblés. Les mutualisations « réelles » restent, quant à elles, assez marginales. Elles portent pour l’essentiel sur l’infrastructure technique et sur le partage d’examens d’imagerie et de biologie, très peu encore sur le Dossier Patient informatisé (DPI).

Financements, ressources, calendrier… : une mise en œuvre complexe sur le terrain

C’est que la réalité du terrain rend particulièrement difficile la mise en œuvre effective de cette convergence. En premier lieu, en termes de délais : deux tiers des établissements estiment ainsi que le calendrier mentionné dans le décret s’avère beaucoup trop serré, compte tenu de la quantité et de la complexité des chantiers qu’un projet d’une telle envergure nécessite. Sans compter que les hôpitaux sont encore, pour beaucoup, pris par la finalisation du déploiement de leur propre DPI dans le cadre du Plan Hôpital 2012.

Autre difficulté : le manque de financements. Plus de 70% des établissements y voient le principal point de blocage. A ceci s’ajoutent les interrogations autour de l’interopérabilité des logiciels – chaque établissement disposant de ses propres systèmes – et la mise en place d’une gouvernance SI commune. Autant de questionnements auxquels ils peinent à trouver des réponses, par manque d’accompagnement et de transparence des instances décisionnaires.

Il y a donc assurément un véritable besoin de conseils et d’accompagnement de la part des établissements de santé qui, s’ils approuvent majoritairement l’idée d’un SI convergent, peinent aujourd’hui à mobiliser les ressources, définir la stratégie et sélectionner les outils adéquats, dans les délais impartis. Car c’est l’ensemble de leur organisation et de leurs processus au quotidien qui s’en trouveront impactés – comme nous le verrons dans un prochain billet.

[1] Section V du décret N° 2016-524 du 27 Avril 2016

[2] Vade-mecum – GHT Mode d’emploi – Ministère des Affaires sociales et de la Santé – mai 2016

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