La multitude n’est pas toujours le signe de l’abondance heureuse. Dans l’IT, elle peut être le signal d’un manque de maîtrise ou d’une stratégie numérique qui demande à être rafraîchie. Il arrive toujours un moment où il faut s’arrêter, faire le bilan et peut-être élaguer.

Une grande dépense d’énergie numérique

La France n’est pas encore sur le podium des pays au tissu industriel et entrepreneurial fortement digitalisé. Tous les experts des professions numériques s’accordent à constater un déficit marqué de culture digitale, à tous les niveaux de l’entreprise, quel que soit le collaborateur, l’équipe, la direction… Au demeurant, la situation est paradoxale puisque c’est en partie le fait du grand public si la mobilité en entreprise, fer de lance de la digitalisation, s’est rapidement répandue.

Peut-être n’aurait-il pas fallu commencer par là mais il y a eu quelque chose d’irrésistible dans le monde de l’entreprise. Le fameux Bring Your Own Device témoignait d’un désir profond des collaborateurs de réenchanter un peu leur quotidien, bien sûr, mais principalement de faciliter leur travail.

A la recherche d’une meilleure orchestration dans la gestion des matériels, les entreprises ont saisi la balle au bond, la direction générale en tant que farouche prescripteur de devices modernes. Elles ont équipé les collaborateurs d’une multitude d’objets connectés. Aujourd’hui, on dénombre entre 3 et 4 appareils régulièrement entre les mains des salariés. Outre les tablettes et smartphones, il faut compter avec les scanettes, les GPS, les terminaux de paiement, les lecteurs d’empreinte, les devices spécifiquement construits pour un usage professionnel particulier (santé, gros oeuvre, transport…) et tant d’autres.

Tout cela évoluant dans une splendide cacophonie technologique, généralement dépourvue d’une stratégie numérique globale. Et concrètement, les entreprises dépensent une énergie numérique considérable alors qu’elles devraient en être productrices. La question à se poser est de savoir quel degré d’énergie numérique l’on souhaite atteindre et produire. On comprendra qu’on parle ici de maturité numérique.

La juste mesure de l’effort

L’essor de la mobilité en entreprise n’a pas été complètement suivi d’effets parce qu’au-delà de la mise à disposition de ces nouveaux matériels et solutions, l’entreprise a conservé une organisation qui n’offre pas aux salariés de latitude pour créer de nouveaux ponts. Or, l’expertise (dans un métier ou sur une technologie) n’existe que lorsqu’on se découvre capable de quitter la voie royale toute tracée pour inventer de nouvelles façons de faire.

La mobilité n’est pas uniquement synonyme de télétravail ou de connexion au système d’information depuis les locaux d’un client. C’est aussi la capacité à rendre mobile l’information d’un collaborateur à l’autre, et d’appréhender la donnée, les pratiques, les méthodes de chacun dans un contexte plus large que celui de son propre service. C’est aussi adopter les indicateurs de ses collègues, les faire siens pour les intégrer plus naturellement à ses propres objectifs. De quoi alors inspirer des poussées d’expérimentation, puis d’innovation. C’est à ce stade, et seulement à ce stade, que l’on pourra avec une certaine satisfaction, parler de maturité numérique dans son entreprise.

Si les outils sont des facilitateurs du processus, ils peuvent aussi devenir la bête noire des utilisateurs. Une solution trop paramétrée, voire trop personnalisée, couvrant un champ de fonctionnalités au-delà des besoins identifiés, n’est aux yeux des métiers qu’une contrainte de plus. Les solutions et matériels doivent apporter une réponse appropriée. Pour la connaître, il n’y a pas de secret. Il faut questionner. C’est là qu’un bilan s’impose.

Le bilan numérique, la pause salutaire

Un intranet vieillissant, une recherche documentaire qui n’aboutit pas, des documents partagés inégalement, des formats incompatibles, une conversation pertinente qui ne sera jamais archivée, une direction commerciale qui dote ses collaborateurs de nouvelles tablettes sans en informer sa DSI…  que l’entreprise qui n’a jamais connu ça lève la main.

Concrètement, pour évaluer son niveau de culture digitale, le principe requiert de conduire des entretiens auprès d’un panel de collaborateurs représentatifs des ressources utilisées. On cherche alors à photographier l’état actuel du niveau de collaboration et de communication, service par service. Il est également demandé aux users de se projeter à un an : comment pourraient-ils gagner en confort ? Comment travailleraient-ils alors ? Avec qui ? Le feraient-ils plus vite et mieux surtout ?

Parce que l’on ne perd jamais de vue que la DSI doit retrouver ou conserver formellement la gouvernance de l’IT de l’entreprise, les entretiens cherchent évidemment à déterminer quels services sont exploités pour les besoins des métiers sans être pour autant le fait du support informatique.

De l’ensemble de ces entretiens doit ressortir le dessin d’une trajectoire. Celle que l’entreprise peut prendre pour s’engager dans la voie de sa transformation. Une trajectoire, mais également les efforts qu’il y a aura à fournir et les pistes pour accompagner chacun vers de nouvelles méthodes.

Rien n’empêche d’aller plus loin et d’aborder le bilan de l’environnement de travail. Il apporte une vue très précise des ressources redondantes et de celles qui sont au contraire nécessaires.
A ce titre, trois ou quatre appareils mobiles par personne, c’est peut-être trop.  Une solution deux-en-un, agile au  bureau comme sur le terrain, jetée sur le siège passager d’un camion, glissée dans une mallette, dépliée sur un coin de table, fera la part belle à la souplesse drainée par les nouveaux usages. Bien optimisée et dotée des briques fonctionnelles adéquates, ni plus ni moins, elle fera écho à la célèbre formule de l’architecte allemand Mies van der Rohe, less is more

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