L’enseignement à distance n’est pas une nouveauté. Le CNED est ainsi apparu en France dès 1939, suivi trente ans plus tard par l’Open University au Royaume-Uni. Ce qui a changé en revanche ces dernières années, c’est l’introduction du numérique dans les formations à distance. Et avec lui, de nouvelles possibilités de consommation et de partage des connaissances.

Les MOOC, ou la digitalisation de la formation

E-learning, webinars, cyberformations… Le monde de la formation regorge de néologismes directement issus de sa digitalisation. Leur point commun : ils sont dispensés en ligne, via des plateformes dédiées permettant interactivité des enseignements et autonomie des apprenants. Dernier né dans cette nouvelle famille de cours numériques : les MOOC (Massive Open Online Courses), capables d’accueillir virtuellement un grand nombre de participants, sans commune mesure avec les capacités d’un établissement d’enseignement physique.

Le succès ne s’est pas fait attendre, et le nombre de plateformes d’hébergement de ces formations en ligne a considérablement augmenté au cours des dix dernières années. Parmi lesquelles Coursera, edX, Udacity ou encore FutureLearn, pour ne citer que les plus connues. En France, la plateforme FUN (France Université Numérique), créée en 2013, comptabilise à ce jour plus de 2 millions d’inscriptions, pour un catalogue de plus de 200 formations, proposées par une cinquantaine d’établissements partenaires.

La force des MOOC (et leur succès) est étroitement lié à leur capacité à démocratiser l’accès aux connaissances, en touchant potentiellement des publics bien plus larges que les traditionnelles cohortes d’étudiants. Combiné aux technologies de Big Data, ils permettraient par ailleurs d’individualiser le processus d’apprentissage, en analysant et en prenant en compte les réponses et les interactions de l’apprenant au cours des différentes séquences de formation. C’est ce qu’on appelle le « learning analytics », au service d’un « adaptive learning ». Autrement dit, les MOOC permettraient un accompagnement plus personnalisé d’un plus grand nombre d’étudiants.

Les MOOC vont-ils révolutionner l’enseignement supérieur en France ?

On comprend dès lors l’enthousiasme qu’ont suscité les MOOC dans les universités et les écoles, qui y ont vu une parfaite vitrine pour faire connaître leur offre de formations et étendre leur rayonnement. Certains travaux sont allés jusqu’à prophétiser la fin de l’université, du fait des bouleversements provoqués par la révolution digitale, en matière notamment d’accès à l’enseignement supérieur, d’obsolescence des campus ou encore de réduction des coûts.

Mais les résultats n’ont toutefois pas toujours été à la hauteur des attentes.  Des études ont ainsi révélé un fort taux d’abandon, jusqu’à 90% pour certaines plateformes. Ce qui a naturellement suscité de nombreux questionnements sur la réelle valeur ajoutée des MOOC dans le parcours de formation des étudiants.

Plus qu’une révolution, les MOOC constitueraient donc davantage une opportunité d’évolution des usages d’enseignement, d’apprentissage et de recherche. Nouvelles modalités d’organisation, nouveaux formats de cours, transformation des pratiques de recherche et d’acquisition de connaissances, transformation de la relation enseignant/étudiant. Les MOOC permettent d’instaurer une dimension plus interactive et plus collaborative aux techniques d’enseignement et d’apprentissage traditionnelles. C’est d’ailleurs pourquoi de plus en plus d’enseignants choisissent d’intégrer des MOOC à leurs formations en présentiel. Donnant ainsi naissance aux SPOC (Small Private Online Courses).

Opportunités et contraintes pour les établissements et les hébergeurs

Les universités n’assurent à ce jour que 2% des activités de formation continue en France. Les MOOC constituent donc une formidable occasion pour elles de se positionner davantage sur ce segment, tout en gagnant en visibilité et en réputation à plus grande échelle. Sans compter que cela leur permettrait également, à terme, de renforcer des partenariats et des collaborations avec d’autres institutions.

Mais la conception et la production de MOOC requièrent toutefois des moyens considérables, d’un point de vue à la fois organisationnel, humain et technique. Organisationnel et humain, parce qu’ils nécessitent l’investissement du corps enseignant pour préparer des cours adaptés au support numérique, c’est-à-dire en y apportant la dimension interactive et collaborative qui font sa principale plus-value. Technique, parce qu’il faut prévoir les ressources et les compétences IT nécessaires à leurs développements et leur diffusion.

Les universités sont rarement armées pour créer leur propre plateforme de MOOC, et préfèrent choisir un hébergement sur une plateforme dédiée existante. Mais ces dernières ne sont toutefois pas infaillibles. La plateforme FUN a, par exemple, été impactée fin 2015 par des problèmes techniques liés à son infrastructure, qui ont provoqué, en plus de l’indisponibilité d’une vingtaine de MOOCS pendant deux jours consécutifs, la perte définitive de résultats de tests et de devoirs. Un incident d’une ampleur jusqu’alors inédite dans le paysage des MOOC français.

On comprend dès lors la nécessité, pour ce type de systèmes, de disposer d’une architecture informatique souple, évolutive, capable de supporter une charge variable, pouvant parfois aller jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de connexions simultanées. Et ce, sans que la qualité ni l’interactivité des cours en ligne ne soient affectées. Une nécessité d’autant plus prégnantes que le nombre de MOOC, ainsi que d’étudiants qui y adhèrent, ne cessent d’augmenter. Tandis que le Big Data commence progressivement à faire son entrée dans le paysage.

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