Le secteur de la construction peut-il se transformer assez pour redevenir concurrentiel et performant ? C’est le pari que fait la Commission Européenne, qui incite pour cela l’ensemble des acteurs du marché du bâtiment à adopter le BIM (Building Information Modeling) et à dégager ainsi de nouvelles valeurs, de la croissance et de l’innovation dans une branche qui peine encore à se renouveler. Dans cette démarche, les acteurs publics, en tant que prescripteurs, donneurs d’ordres et gestionnaires, sont en première ligne pour stimuler la transformation.

 

Plan BIM 2022, l’incitation européenne

Comme beaucoup d’autres marchés, celui de l’AEC, (Architecture, Ingénierie et Construction en français) est en pleine transformation numérique. Et l’une de ses traductions les plus concrètes est l’incitation forte de l’ensemble de ses acteurs à adopter le Building Information Modeling (BIM).

Contrairement à l’automobile par exemple, la construction est un secteur extrêmement fragmenté, composé de nombreuses petites entreprises intervenant à tour de rôle sur un chantier. Les problématiques sont les mêmes depuis des décennies. Risques, accidents, faible productivité, marges modestes, le manque d’innovation se ressent sur la compétitivité des 3 millions d’entreprises que compte l’Europe dans ce secteur.

Si le BIM n’est pas une panacée, c’est une des composantes essentielles de la digitalisation du marché de la construction et un instrument stratégique de gestion de projet. Son objectif ? Aider les les multiples acteurs à mieux collaborer, à mieux travailler ensemble pour connaître, comprendre et anticiper les rôles de chacun dans l’optique d’aborder la construction (au sens large, rénovation, réfection et entretien compris) de manière plus efficace, plus économe, plus raisonnée. Autrement dit, le BIM, en tant que processus et représentation numérique de la construction et de la gestion d’un bien, est destiné à éradiquer, à terme, l’usage du « marteau piqueur » pour réparer en phase chantier des erreurs de conception lesquelles n’ayant pas été détectées suffisamment tôt et corrigées lorsqu’il était encore temps, sont alors génératrices de délais supplémentaires et coûts additionnels.

 

Un enjeu économique et environnemental colossal

Si l’ingénierie et la construction ne relèvent pas de la responsabilité immédiate du secteur public, celui-ci reste un donneur d’ordres et un propriétaire immobilier de premier plan et se montre tout particulièrement concerné par une adoption massive du BIM, au titre notamment de la rénovation du patrimoine et de son entretien, un poste budgétaire dont l’importance ne fait qu’augmenter.

Il deviendra absolument primordial pour la sphère publique, État et collectivités comme bailleurs sociaux, administrations déconcentrées comme délégataires de service publics, de disposer de maquettes modélisées, enrichies de données mises à jour, les seules à même de permettre la réalisation d’économies substantielles.

« More better with less » c’est ce qui est sous-tendu au manuel pour l’introduction du BIM par le secteur public européen, lequel fournit de nombreux chiffres, vertigineux, à l’appui de sa démonstration. « Et c’est aussi la vision que porte Autodesk.10 milliards d’individus en 2050, dont à 75 % une population de citadins. Il faudra construire plus de 1000 ouvrages par jour pour répondre à la demande, ceci dans le respect d’un développement durable qui a trop longtemps été ignoré du milieu. Le BIM doit permettre de ne plus reproduire les erreurs du passé, ces passoires thermiques et acoustiques qui nous coûtent aujourd’hui si cher. »rappellent Eric Percheron et Gwénael Bachelot, respectivement ingénieur commercial et responsable avant vente AEC Europe du sud pour l’éditeur de logiciel 3D et d’ingénierie Autodesk.

Au delà de la modélisation, c’est bien la composante collaborative du BIM qui importe. En pratiquant l’ingénierie concourante, l’ensemble des acteurs anticipent les risques humains et constructifs afin que le chantier se déroule dans les temps, dans l’enveloppe budgétaire allouée et dans le respect des ressources disponibles et des nécessités environnementales.

 

Le secteur public déjà fortement engagé pour l’avenir

C’est aux grands donneurs d’ordres d’insuffler la démarche, ceci à plusieurs titres. La France a fait le choix de l’incitation, notamment financière et de la diffusion de bonnes pratiques pour que le secteur de la construction se mette en ordre de marche. D’autres pays, comme l’Angleterre ou l’Italie, ont opté pour l’obligation réglementaire. Seul l’avenir nous dira si ce choix était opportun mais d’ores et déjà la France remonte au baromètre des projets réalisés en BIM, et ce alors que le premier comité de pilotage français s’est tenu ce début 2019.

Les grands groupes et nombres d’entreprises de taille moyenne ont anticipé le changement. La question cruciale porte évidemment sur les petites et très petites entreprises qui doivent fournir un effort particulier pour décrocher des lots au sein des marchés publics à venir. Eric Percheron le confirme : « il y aura de fait une sélection à l’entrée. Les gros gestionnaires comme les bailleurs sociaux se montreront de plus en plus exigeants sur le BIM. Habitat 76 par exemple demande des maquettes modélisées et de la donnée enrichie pour anticiper ses besoins de rénovation. Le Conseil départemental de Bourgogne de son côté a fait numériser les plans de l’ensemble de ses bâtiments pour répondre à ses problématiques d’exploitation. Les entreprises incapables de fournir une information modélisée fiable rencontreront des difficultés pour accéder aux contrats publics. »

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